Un Maroc post-coronavirus plus souple et réactif ?

Avec la crise, fini les interminables palabres pour prendre la moindre décision. Le temps est redevenu utile, efficace, assure l’économiste Kamal El Mesbahi, selon lequel le royaume sortira grandi de l’épreuve.

Les guerres, les épidémies et les grandes crises économiques et sociales ont changé le sort de l’Humanité. Consubstantielles à l’évolution du monde, elles influent sur le cours de l’Histoire. Soit pour le bloquer, soit pour enclencher des processus de remise en cause. Elles alimentent controverses et débats théoriques.

Certains y voient une turbulence passagère. D’autres considèrent que c’est une rupture, un moment de mutation, une opportunité pour réformer et moderniser.

Le coronavirus n’échappe pas à cette règle. Il pose les mêmes questions à tout le monde et au même moment. Engendre des réponses circonstanciées selon les pays, leur taille, leurs capacités. Oriente le débat autour d’une question quasi existentielle : « Quel monde après la crise ? » Cette interrogation n’est pas nouvelle. Elle a souvent accompagné d’autres grandes crises mondiales auparavant.

Chaque crise est en soi un temps d’incertitude. Elle réduit la visibilité, perturbe les habitudes, induit des avis nécessairement divergents. Face à cette complexité, il est sage d’encourager la délibération, de faciliter le débat contradictoire, d’alimenter les arbitrages du moment, d’évaluer leur impact, de mesurer leurs coûts ou leurs bénéfices.

IL FALLAIT PARER AU PLUS PRESSÉ, RÉDUIRE AUTANT QUE POSSIBLE LES DÉGÂTS

Gérer une crise de cette ampleur ne doit pas signifier mettre la démocratie sous une chape de plomb.

Entre confinement et déconfinement, au Maroc comme ailleurs, les défis ne sont pas identiques. Il fallait parer au plus pressé, faire de la sécurité sanitaire un préalable de survie. Ce choix implique des coûts économiques et sociaux élevés.

Il fallait ensuite agir vite pour circonscrire le feu, réduire autant que possible les dégâts.Cette double séquence permet à elle seule de mesurer la particularité du coronavirus, la nature des enjeux, les moyens multiples à mettre en œuvre.

Depuis le 20 mars, début d’un confinement strict, long, pénible, pesant et coûteux, notre relation au temps semble métamorphosée. Fini les interminables palabres et l’enchevêtrement de commissions et sous-commissions pour prendre la moindre décision.

LE MAROC SORTIRA DE CETTE CRISE SANITAIRE DOTÉ D’UNE EXPERTISE SUPPLÉMENTAIRE ET CONFIANT EN SES CAPACITÉS INTRINSÈQUES

La dilution irrationnelle des responsabilités a presque subitement disparu. Des décrets-lois sont conçus, discutés, votés et publiés au Bulletin officiel quasiment le même jour. Le temps est redevenu utile, efficace.

Gestion réfléchie, communication assumée

Le reste du calendrier confirme ce changement positif. Une gestion réactive, souple, sage, réfléchie. Une communication assumée, plutôt transparente. De nouvelles capacités de management agile sont subitement apparues. Le Maroc sortira de cette crise sanitaire doté d’une expertise supplémentaire, d’un savoir-faire d’une grande valeur ajoutée et confiant en ses capacités intrinsèques.

Voilà notre carte de visite pour demain. Le royaume peut s’enorgueillir de son habileté dans la gestion de la crise. L’État a utilisé tout son arsenal d’artillerie lourde pour maintenir et sauvegarder l’économie du pays.

Des allégements, reports fiscaux et sociaux pour l’économie structurée ; un appui pour préserver la liquidité des banques afin que celles-ci accompagnent les entreprises, avec des reports d’échéance ou des crédits de trésorerie ponctuels ; des subventions pour les secteurs non structurés ou ne pouvant bénéficier des solutions précitées ; de l’aide directe aux millions de ménages ne disposant d’aucune couverture. Autant d’actions à saluer, à sauvegarder, à maintenir.

Si l’on devait décliner ce changement positif pour l’approfondir dans un monde post-Covid, l’on choisirait six axes se consolidant mutuellement : 1/ Améliorer le fonctionnement des règles de concurrence. 2/ Consolider les moyens juridiques, humains et financiers de l’instance de lutte contre la corruption. 3/ Donner corps à l’article 36 de la Constitution relatif aux conflits d’intérêts. 4/ Faire de la confiance et de la reddition des comptes la base d’un nouveau contrat social. 5/ Accroître la clarté de la prise de décision. 6/ Adopter un langage de vérité dans la gestion de la chose publique.

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