Le Maroc pleure l’annulation des touristes chinois et place ses rapatriés en quarantaine

Pays touristique et plate-forme économique, le royaume chérifien a mis en place des dispositifs pour éviter une épidémie sur son territoire.

Le royaume chérifien se barricade. Pas question que le coronavirus y élise domicile. Avec Casablanca comme hub aérien international et Tanger Med comme premier port d’Afrique, des dispositifs de prévention et de contrôle sont en place. Même si cela freine évidemment les affaires et le tourisme.

Quelques jours après son lancement le 16 janvier, la toute nouvelle ligne directe entre Casablanca et Pékin a été suspendue. Une réaction rapide qui ne fait pas les affaires de tous, alors que le Maroc est une destination très prisée des touristes chinois depuis la suppression des visas en 2016.

La suspension de cette ligne est même un désastre pour les professionnels du tourisme, comme Jalil Madih, directeur général de l’agence de tourisme Alizées, qui déplore « une avalanche d’annulations de réservations de Chinois depuis la deuxième semaine de janvier et jusqu’à début mars. En 2019, 150 000 touristes chinois sont venus. Nous en attendions 250 000 cette année avec cette nouvelle ligne, mais l’impact négatif est déjà là ». Il est pessimiste pour la suite et est inquiet que son pays n’atteigne pas de sitôt l’objectif des 500 000 touristes chinois à accueillir, fixé par le gouvernement.

« Les équipes sont rodées »

A l’aéroport Mohammed V de Casablanca, des caméras thermiques ont été installées en urgence pour vérifier la température des voyageurs. Combinaisons, masques, gants et thermomètres infrarouges sont à portée de main, prêts à l’utilisation. « Un dispositif conforme aux normes de l’Organisation mondiale de la santé [OMS] », se défend Mohamed Moussif, médecin chef du lieu qui a tout prévu.

« Dès l’alerte d’un cas suspect par un commandant de bord à la tour de contrôle, nous déclenchons le plan d’urgence. Les équipes sont rodées », précise-t-il, puisque le Maroc a déjà dû faire face à l’épidémie d’Ebola ou de la grippe H1N1. « Mais il est illusoire de croire que l’aéroport seul est une forteresse infranchissable pour le virus qui ne connaît ni visa, ni passeport, ni frontière, tempère-t-il. Les personnes en phase d’incubation, celles qui prennent des médicaments contre la fièvre ou qui rentrent de Chine avec un itinéraire et des escales intraçables sont autant de cas indétectables. »

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Zainab, qui incarne ce risque, s’est retrouvée à l’isolement depuis le 2 février dans le centre de virologie de l’hôpital militaire de Rabat. Etudiante marocaine de 23 ans en commerce international à Wuhan, épicentre de l’épidémie de coronavirus, elle a été rapatriée par les autorités marocaines, après avoir vécu plus d’une semaine dans la ville chinoise en quarantaine. Un cauchemar se souvient la jeune fille. « La quarantaine a été mise en place du jour au lendemain. Les supermarchés étaient fermés, il n’y avait plus aucun moyen de transport. On n’était pas du tout préparé », témoigne-t-elle, soulagée d’avoir pu rentrer.

Aucun cas suspect détecté

Le Maroc fait en effet partie des cinq pays africains qui ont rapatrié une partie de leurs ressortissants. Au total, 167 Marocains, la plupart étudiants, sont actuellement en isolement, répartis entre deux hôpitaux, à Rabat et Meknès. Tous sous l’étroite surveillance d’une équipe médicale pour un total de vingt jours, durée de la période maximale d’incubation du virus.

Dans le flambant centre de virologie de la capitale, ouvert en 2016, deux bâtiments ont d’ailleurs été réquisitionnés pour mettre, d’un côté, les femmes et, de l’autre, les hommes. Impossible de s’approcher de leurs dortoirs, où les serviettes de toilette sèchent à travers les fenêtres. « Tout va très bien. On ne peut pas se plaindre, on nous apporte tout ce qu’on demande », témoigne Zainab, qui appelle son père quotidiennement par téléphone.

Depuis son bureau, le docteur Khalid Ennibi, médecin colonel et chef du centre de virologie, surveille à distance depuis son écran les faits et gestes des jeunes étudiants dans la cour. « Dans cet espace qui leur est dédié, ils peuvent circuler librement, faire du sport ou de la guitare. Ils ont à dispositif le Wi-Fi, la télévision et peuvent communiquer avec leur famille », décrit le médecin, un doigt sur son écran.

Le personnel médical passe deux fois par jour en combinaison blanche pour prendre la température et questionner sur l’apparition de symptômes comme une toux, une diarrhée ou des douleurs musculaires. « Si un cas suspect est détecté, les unités de confinement sont prêtes à l’accueillir », explique le docteur Khalid Ennibi. Mais, pour l’heure, aucun cas suspect n’a été détecté.

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